Plan de l'immeuble avec la position

des victimes décédées.

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Wulfran Dherment, seul survivant du premier étage.

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" Perdu sous 10 mètres de gravats, il n'a été sorti - miraculeusement - des décombres que dix heures après la catastrophe. On l'a cru mort, on l'a d'ailleurs dit à ses parents, mais il a survécu après plus de quinze jours de réanimation. Lorsqu'il parle, on l'écoute : parce qu'il revient de l'autre côté sans doute, mais aussi parce qu'il est clair, ferme, convaincant.

Wulfran Dherment est un rescapé qui impressionne. "

Fabrice Nicolino (journaliste)

extrait de l'enquête de F. Nicolino parue dans Le nouveau Politis d'avril 1992-cliquez pour lire l'enquête.

 

LA MAISON DES TETES : que s'est-il passé ?


Comment raconter ce que j’ai vécu, et ce que je vis encore ? Comment expliquer ? Comment vous faire comprendre ? Je pense sincèrement que c’est impossible. J’ai la certitude qu’il faut avoir vécu une histoire similaire pour comprendre. Pourtant, maintes et maintes fois, comme un disque qui tourne à l’infini pour répéter toujours le même morceau, j’ai raconté. Parce qu’on me questionnait, ou parce qu’on m’affirmait des énormités ou encore parce que je dérangeais certains par mes propos. Suivant la réceptivité de mes interlocuteurs, je donnais le maximum de détails, d’autres fois je passais outre pour aller à l’essentiel, mais dans les deux cas avec l’espoir de faire comprendre. J’ai du me répéter des centaines et des centaines de fois. Je racontais quand on me demandait, et quand on ne me le demandait pas. C’était la seule manière pour moi d’exorciser cette terrible expérience...

Le récit que vous tenez dans les mains relate un événement qui a bouleversé ma vie. Cet événement s’est produit le 15 février 1989. Je venais de fêter mes 19 ans et, travaillais au premier étage d’un immeuble, que les Toulonnais appelaient «LA MAISON DES TETES» à cause des visages sculptés en stuc se trouvant au-dessus du linteau des fenêtres. Je débutais ici comme apprenti en prothèse dentaire.

A 14 heures et 26 minutes de ce jour, une chose jusqu’à présent encore inexpliquée officiellement , se produisit : l’immeuble entier explosa. Et treize personnes périrent. Au moment du drame, nous n’étions que quatre dans le laboratoire. Je suis le seul survivant.

...

On dit couramment : « on n’est jamais mieux servi que par soi-même ! ». Ce doit être vrai. Au bout de plus de vingt ans, ce « fait divers » est pratiquement tombé dans l’oubli, sauf, bien entendu, pour ceux directement concernés. Les parents de victimes ont créé une association dés le début, pour aider les victimes et leurs familles dans la recherche de la vérité. Ils y travaillent toujours. Mais pour les Toulonnais et autres personnes ayant porté un intérêt plus ou moins prononcé sur cette affaire, il y a plus de vingt ans, que savent-ils ? Qu’en pensent-ils ? Je sais maintenant, pour avoir discuté maintes fois de « la Maison des Têtes » avec eux, que la seule question à laquelle je n’ai pas de réponse est la suivante : pourquoi ne peut on pas dire ce qui c'est passé ce 15 février 1989 ?

...

D’autres enfin, posent toujours les mêmes questions et cherchent à comprendre notre action, notre combat pour la vérité durant toutes ces années… Et pas seulement pour pouvoir dormir la conscience tranquille. Nombreux sont ceux qui veulent savoir. Diverses polémiques à l’époque, ont semé la pagaille et troublé les esprits, pour laisser aujourd’hui encore la place à un « mystère ». Je trouve cela bien triste. Il ne faut pas oublier que treize personnes ont perdu la vie, que trente cinq autres ont été blessées. Et qu’un tel drame puisse être possible dans notre pays, et dans une ville comme Toulon, il y a, en effet, de quoi être inquiet.

J’ai donc décidé d’écrire sur cette affaire, car c’est bien devenu « une affaire ». La première partie est extraite d’un premier essai qui était mon témoignage sur ce que j’ai vécu avant, pendant et après ce drame. Mais j’y ai renoncé pour entreprendre celui-ci puisque aucune personne, surtout plus compétente, ne l’a fait et, comme je l’ai déjà dit plus haut, je le regrette. La deuxième partie retrace l’intégralité de l’enquête et de nos démarches dans la recherche de la vérité.

Ce récit est une tentative de communication. J’espère qu’il aidera le lecteur que vous êtes à mieux comprendre les faits et la légitimité de notre action. Il correspond à la réalité, celle à laquelle les victimes et leurs familles ont du faire face. Il est aussi le témoin particulier et intime de mon épreuve en tant que victime directe.

Ce 15 février, une blessure profonde s’est ouverte dans mon cœur et mon âme... vingt ans aprés, elle n’a jamais cicatrisé.

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Voilà le bus. Je m’installe et replonge dans mes pensées. Maintenant, j’ai de nouveaux amis parmi le personnel du laboratoire. D'abord Alexandra, une belle jeune fille aux yeux bleus et aux cheveux longs, avec qui j’ai rapidement sympathisé. Alexandra est employée depuis peu, en tant que stagiaire. Je l’apprécie beaucoup pour son dynamisme et sa bonne humeur : elle accepte toujours avec le sourire les blagues, parfois de goût douteux, des employés. Et puis, il faut avouer que je ne suis pas indiffèrent à son agréable présence ! Elle possède une voiture, et se propose souvent de me raccompagner après le travail, pour m’éviter l’attente d’un bus ou rentrer à pieds. J’apprécie sa gentillesse.

Jean-François est le responsable du laboratoire. Il est aussi le plus ancien. Ensemble, nous avons passé quelques soirées à la pêche. C’est un hobby que nous partageons. Nous ne nous ennuyons jamais à la pêche, certainement grâce à ses histoires drôles et à la bière. Depuis quelques jours, Jean-François nage dans le bonheur car son épouse vient de lui donner un second enfant.

Jean-Marie lui, est du genre discret, toujours souriant. D’apparence calme, Il ne manque pas une occasion de plaisanter ou de me parler de sa fiancée ou des chevaux, les deux passions de sa vie, semble-t-il. Il faut dire que je le questionne plus souvent sur sa vie sentimentale, les chevaux ayant moins d’attrait à mes yeux... Je sors de ma rêverie en constatant que le bus va s’arrêter prés de mon lieu de travail.

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Les façades sont crasseuses. Au-dessus du linteau des fenêtres, des têtes en stuc devaient les embellir. Mais, noircies par la pollution et le temps, elles ont l'apparence de créatures grimaçantes, presque diaboliques. Ce sont elles qui ont donné le nom de « la Maison des Têtes » à cet immeuble. Une petite porte en bois peinte en rouge donne sur un hall d’entrée et un escalier étroit, en colimaçon. Malgré la propreté des murs qui viennent d’être repeints, l’ensemble conserve un aspect vieillot, peut-être à cause des tomettes rouges délabrées qui en recouvrent le sol, et les vieilles boîtes aux lettres en bois piqué et au vernis passé, fixées sur le mur de gauche. Pour une fois, les poubelles rangées sous l’escalier, doivent être vides, car je ne sens pas de mauvaises odeurs. Je grimpe les marches trois par trois jusqu'au premier étage, et ouvre la porte d’entrée qui donne dans la pièce principale.

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Cela fait maintenant cinq bonnes minutes que je m’applique sur mon travail. Puis, tout va extrêmement vite : brusquement, Alexandra se lève en criant : « merde ! ». Ce comportement inattendu mêlé à l'instinct de survie, déclenche chez moi une réaction étrange. Une peur viscérale m’envahit brutalement. Je sais que quelque chose de très grave va arriver maintenant, que ma vie est en danger. En une fraction de seconde, je fais un bond vers la porte du palier en me protégeant la tête avec mes bras. Un flash gigantesque m’éblouit. Je sens un fouettement brûlant dans le dos. Un souffle extraordinaire me balaye tel un fétu de paille. Un énorme choc m’assène la tête alors que le sol se dérobe sous mes pieds. Tout explose.

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Un spectacle inimaginable s'offre à leurs yeux : quelques morceaux de la maison sont restés debout, et un occupant est suspendu dans le vide, au troisième ou peut-être au quatrième étage. Son visage crispé est couvert de sang. Il hurle d'effroi : le morceau de plancher encore en place sur lequel il est coincé, menace de s'effondrer à tout moment. Il faut lui porter secours immédiatement. Sur le sommet de la montage de gravats, une vieil homme reste immobile dans son fauteuil. Par miracle, il n'est que légèrement blessé et pleure. Des agonisants figés sont, ici et là, plantés dans les débris amoncelés. Mélange de chair et de pierre. C'est l'enfer, un cauchemar. De la maison de cinq étages, il ne reste plus qu'un immense amas de ruines... Et je suis dessous ! ...

...

Et puis, il y a la douleur. Affreuse, envahissante, maîtresse de tout mon corps.

...

Que s'est il passé ? J’ai d'énormes difficultés à respirer. Ma bouche est pleine de terre, mes narines me brûlent, je sens une forte odeur acre. Je crache et libère ainsi ma bouche. J’ai mal, très mal. Je ne réalise pas que je suis plié en deux au niveau de l'abdomen, écrasé, la tête entre les cuisses. Mes pieds se trouvent devant moi. Le gauche tout prés de ma tempe. Je peux en toucher la semelle avec les doigts libres de ma main coincée. La position plus qu’inhabituelle de ce pied ne m’inquiète pas. J’ai conscience de la gravité des dégâts subis par mon corps, mais la priorité est ailleurs. De toute façon je n’y peux rien. Je suis coincé là et comme ça. Mon pied droit lui, me fait plus souffrir que le reste, il doit être broyé. Lentement, je prends conscience que mon corps a une disposition spatiale pour le moins anormale, mais je ne veux pas paniquer. Plus tard, j'apprendrai des pompiers que j'étais tassé dans une poche de survie mesurant 30 cm sur 70 cm !

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Je n’ai plus peur de mourir. A mon âge, la mort, je n'y ai jamais pensé. Et aujourd’hui, sans prévenir, la voilà devant moi. Hideuse, elle paraît pourtant si douce comparée à cet enfer de souffrance.

...

L’immeuble comprenait, en plus de la supérette au rez-de-chaussée, du laboratoire au premier étage et de l'étude d'huissierau second, de nombreux logements privés. Il est impossible d’en recenser les occupants, et comment savoir quels sont ceux qui étaient chez eux au moment de l’explosion. Peut-être avaient-ils eu de la visite de proches ou d’amis ! Le constat est accablant : un travail de titan attend les secouristes, et on ne sait pas combien de personnes se trouvent là-dessous.

...

Ils s’attaquent maintenant au déblaiement, et c’est à la main qu’ils remplissent de grosses poubelles récupérées dans les immeubles voisins. Derrière eux, les deux blessés sont enfin évacués sur des brancards de toiles, que les pompiers se passent au-dessus de leur tête casquée, pour les évacuer plus rapidement de cette immense fourmilière qu’est devenue la montagne de ruines. Des Maîtres-Chiens arpentent les décombres, en encourageant le travail de leurs animaux. Cet appui précieux doit permettre aux secouristes de localiser des victimes enterrées profondément. Sur un reste de façade, un Sergent-Chef tente de faire descendre, à l’aide d’une échelle à coulisse, un homme âgé et indemne, d’une partie non effondrée du deuxième étage. Encore sous le choc, bien que miraculeusement épargné, il refuse de bouger de son fauteuil car sa femme, dit-il, se trouve dans la cage d’escalier. Il finit par entendre raison, réalisant que la cage d’escalier n’existe plus.

...

Je me remémore un de mes rêves les plus marquants. Je me trouve sur un énorme amas de ruines. Je suis en sueur et couvert de poussière. Je suis pris de panique. Mes mains sont ensanglantées et très sales. Je retourne avec énergie tous les gravats, les pierres et les poutres, à la recherche de mon fils Adrien désespérément introuvable. Et cela dure toute la nuit. Je pleure, je hurle, je suis en colère, j’ai la haine. A aucun moment je ne faiblis dans mes recherches, et je redouble d’effort malgré mes doutes, l’angoisse, la douleur et la peur . Mon fils est là quelque part. Je n’ai de cesse de m’employer à le retrouver. Plus je vais vite, plus je persiste, plus j’ai des chances de le trouver en vie. Le soleil se lève. Je soulève une énorme pierre qui ne peut résister à ma force décuplée par la hargne. Et là je découvre Adrien. Mon beau petit bébé, tout propre et rayonnant, confortablement installé dans son siège coque. Il me fait un grand sourire en me tendant les bras. Je me suis réveillé au petit matin, épuisé par la tâche, trempé par la sueur et la tête pleine de sentiments mitigés. Finalement le cauchemar se terminait bien et j’en étais heureux.

A l’instar de ce rêve, j’espère qu’un jour la vérité sur les origines de l’explosion de la Maison des Têtes sortira du crassier de mensonges et d’hypocrisies dans lequel elle est ensevelie. Même si cela doit prendre encore des années…